Bonjour, quel est votre nom ou nom de scène ?
Jérôme Gouvrion que je raccourcis souvent au simple jG.
Depuis combien de temps pratiquez-vous le bondage et comment avez-vous commencé ?
Je me suis intéressé aux jeux d’immobilisation lorsque j’étais adolescent mais j’ai commencé à réellement pratiquer le bondage quand j’ai commencé l’aventure captiveculture. En résumé, j’ai une approche sérieuse et régulière de la chose depuis 7 ans.
Comme beaucoup d’autres, j’ai lutté avec les cordes, j’ai regardé les photos glanées sur le net et je me suis entraîné : en séance avec des modèles, avec des amies et même, parfois, avec un buste en plâtre.
Lorsque j’ai commencé, Il y avait très peu de personnes revendiquant la pratique du bondage en France, je me suis donc débrouillé seul et j’ai petit à petit découvert la méthode qui me correspondait le mieux. Il m’a fallu au moins deux ans à pour faire des choses que je juge correctes : j’avais un problème de méthode mais aussi de matériel.
Le bondage, c’est un peu comme la photo : les outils à votre disposition ont une influence sur le résultat… visuellement parlant, bien entendu. La finalité, elle, ne change pas.
Ma technique s’est grandement améliorée lorsque j’ai trouvé des cordes en nylon de qualité suffisante pour améliorer les détails et la finition. Finalement, je résume souvent la chose ainsi : pendant les premières années, je stressais sur la corde et je me focalisais sur certaines difficultés. Et puis, un jour, j’ai réalisé que j’avais cessé de réfléchir de manière négative. Le geste était devenu automatique : je ne cherchais plus à me représenter la corde mentalement, je la sentais physiquement et je commençais à suivre mon instinct.
Néanmoins, si j’ai assez rapidement acquis quelques certitudes sur l’impact visuel de mes jeux de cordes, je n’étais pas convaincu par ma rapidité d’exécution. Je me suis rassuré en participant au BondCon de Las Vegas en 2004 et j’ai définitivement compris que j’étais sur la bonne voie en travaillant pendant une semaine avec Michael Viking et Rachel Paine l’année suivante. C’est à cette occasion que j’ai découvert le plaisir de travailler avec de la corde naturelle : dès mon premier essai avec de la jute, j’ai obtenu un résultat spectaculaire où la rigueur d’éxecution du bondage nylon se mélangeait avec la liberté créative du shibari. J’avais trouvé mon style et depuis lors, j’ai poursuivi mon chemin en mixant la tradition japonisante et la finition impeccable du bondage californien.
C’est ainsi que j’aime le bondage : un mélange de complexité et de beauté que je cherche à capturer à travers mes photographies.
Qu’aimez-vous dans le bondage ? Que recherchez-vous au travers de sa pratique ?
Je suis venu au bondage par goût et par passion. Je me souviens de quelques ouvrages asiatiques qui ont forgé mon univers érotique lorsque j’étais ado. Mais mon addiction s’est accentuée avec la révolution internet au milieu des années 90. Là, j’ai découvert l’univers du bondage californien, une bande de potes qui ont posé les bases d’une industrie.
Je fais référence à Mr T. aka Cory Thompson qui est décédé en 2003. Ce garçon m’a donné envie de faire mes propres photos de bondage, à la fois par ce qu’il montrait mais aussi par la manière dont il le faisait. Une qualité irréprochable, un état d’esprit remarquable : le bondage était strict mais jovial à l’image de ces grands enfants que sont les américains. Cory a ensuite ouvert la porte à son ami Jim Weathers qu’on ne présente plus : ensemble, ils ont réalisé une quantité de photos qui en ont inspiré plus d’un, moi le premier.
Amoureux de l’image, j’ai décidé de relever un défi : être le premier Français à lancer un site consacré au bondage, le premier à adapter le modèle américain dans un pays où le simple mot « cordes » faisait trembler les modèles photos de l’époque. J’ai longtemps recherché à m’approcher de la qualité de cette école californienne. Lorsque j’ai eu le sentiment de m’en être approché, j’ai évolué en donnant un zest de french touch à mon univers.
Mais on ne pratique pas le bondage en séance photo comme on le pratique dans une sphère privée, c’est très différent. Lorsque j’ai commencé, la seule manière de faire venir les filles au bondage était d’adopter un discours rassurant et pro. Je crois y être parvenu tout comme je pense avoir contribué à normaliser la vision du bondage dans notre pays. Les premières années, quasiment chaque modèle découvrait la sensation d’être attachée dans mon studio. Puis est arrivée ce que j’appelle la génération Dita, ces jeunes femmes qui ont grandi avec l’imagerie glam’ goth, un univers où le bondage est un rêve revendiqué et non plus caché. Les choses ont bien changé depuis que j’ai commencé et ma perception du bondage s’est également modifiée. Lorsque vous pouvez enfin vous concentrer sur l’aspect visuel sans avoir à rassurer constamment la personne que vous attachez, le résultat n’en est que meilleur et la sensation plus agréable.
Pour moi, le bondage est une fantaisie, une exploration esthétique mais aussi psychologique : on peut activer beaucoup de leviers chez la personne que l’on attache. Du plaisir à la crainte, de la jubilation à l’humiliation : chacun y cherche et en retire quelque chose, que ce soit conscient ou inconscient.
Encore une fois, je fais une distinction entre la sphère privée et la sphère photo. La marge de manœuvre est plus réduite avec un modèle photo qu’avec une partenaire : vous n’avez pas le même degré d’intimité, vous la mettez dans une position de contrainte sans lui donner le confort du cadre intime et, en prime, la situation s’éternise puisque le but premier est de réaliser des clichés et que cela prend du temps.
C’est un exercice compliqué qui demande de la psychologie et du doigté. Mais la récompense est toujours la même : le plaisir d’avoir relevé le défi proposé et la joie d’obtenir une vision esthétisante du bondage.
Le bondage tel que je le ressens, c’est un challenge où l’on compose avec les différents paramètres du moment. J’ai croisé beaucoup de femmes qui ont cette perception du bondage et c’est sans doute avec celles-là que j’ai accompli mes plus belles réalisations. C’est sans doute pour cela que j’ai un goût prononcé pour la suspension : le challenge est grand et les paramètres en constante évolution. Au contraire de certains autres jeux de cordes, la suspension donne cette impression qu’elle est sans cesse revisitée et qu’elle est sans cesse vécue différemment par la personne attachée.
Quelles sont vos photographies personnelles préférées ? Pouvez-vous nous faire quelques commentaires sur chacune de ces images ?
En 7 ans, j’ai publié plus de 50.000 images : il est quasiment impossible d’en sélectionner quelques unes. Disons que, à l’heure où j’écris ces lignes, j’ai un faible pour les photos suivantes :

J’aime la manière dont j’ai utilisé les couleurs mais, surtout, je suis assez fier de l’impact visuel de ce bondage : improvisé, contraignant et torturé… un de mes meilleurs souvenirs pour l’année 2007, une belle séance dans une ambiance très sympathique avec la présence d’un fan venu d’Allemagne spécialement pour m’assister.
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